Et si le dernier de la classe en matière d’écologie et d’émissions de gaz à effet de serre devenait subitement le premier ? C’est ce pari un peu fou que la Chine est en train de réussir avec des investissements sans précédent dans les énergies renouvelables. Son rôle de leadership mondial dans ce domaine est de plus en plus incontesté.

Pourquoi la Chine investit-elle dans les énergies renouvelables ?

La surpollution en Chine est devenu un problème chronique aux nombreuses conséquences. Le niveau de pollution atteint régulièrement un indice de 160 à Pékin, ce qui entraîne des effets immédiats sur la santé. En 2014, 500 millions de Chinois ont souffert de maladies directement liées à la pollution, 470 000 en sont morts. L’impact de l’hyperpollution se fait également sentir sur le tourisme international : certaines régions autrefois attractives sont désormais écartées des circuits touristiques.
Durant les périodes de pics de pollution, l’économie chinoise tourne au ralenti et les écoles sont fermées. En septembre 2016, des restrictions au niveau des émissions des usines et de la circulation automobile ont permis de faire baisser le taux de particules de plus de 70 %. Pour la première fois depuis plusieurs années, les habitants de Pékin ont pu voir le ciel bleu !
Au-delà des aspects environnementaux, les enjeux sont également économiques. La Chine a bien compris que le retour sur investissement des énergies renouvelables était très rapide. C’est bien sur ce levier que la Chine entend jouer pour conforter la compétitivité de son économie sur le long terme. Limiter la dépendance aux énergies fossiles est donc devenu une priorité. En seulement quelques années, la Chine est devenue le premier producteur mondial de panneaux photovoltaïques et d’équipements éoliens. Ce qui a permis à la fois une baisse des coûts de production et une élévation des standards de qualité. Pour l’instant, seule la Chine dispose de la capacité de production permettant de faire face à un développement rapide des énergies renouvelables dans le monde.

La Chine, leader mondial des investissements dans les énergies renouvelables

La Chine représente à elle seule 30 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables, avec un total de près de 90 milliards de dollars en 2014. Les États-Unis sont loin derrière avec 52 milliards de dollars. Sa progression dans ce domaine a été fulgurante car en 2004, ses investissement ne s’élevaient qu’à 2,4 milliards.
Cette croissance exponentielle est surtout le fruit d’une politique volontariste de la part des dirigeants chinois. La feuille de route du plan quinquennal à l’échéance 2020 est claire : la Chine doit construire une “civilisation écologique”. Le développement vert constitue un des cinq piliers de cette politique. Dans le même temps, une nouvelle loi sur la protection de l’environnement a vu le jour en 2015 et s’annonce comme la plus sévère que le pays ait connu. Un objectif de 20 % d’énergies non fossiles dans son mix énergétique a été fixé pour 2020 contre 14 % aujourd’hui, ce qui signifie doubler le parc éolien installé, tripler la production d’énergie solaire et multiplier par 10 le nombre de véhicules électriques. Si le charbon représente encore 70 % de la consommation énergétique totale, sa production doit baisser de 20 % par an.

Quels résultats attendre de la politique verte chinoise ?

Jusqu’à maintenant, la Chine a toujours dépassé les objectifs qu’elle s’était fixé en matière d’énergies renouvelables, malgré un contexte économique globalement difficile. Il n’y a pas de raison que ce succès s’arrête vu l’étendue de son potentiel de production et la forte volonté politique mise en oeuvre. Un premier succès notable a été obtenu en 2015 avec une baisse des émissions de CO2 de 1,5 % alors que le pic d’émission de GES n’était prévu que pour 2030. Il reste toutefois à vérifier s’il s’agit d’une tendance durable ou d’un simple effet de la baisse relative de la croissance chinoise.
En quelques années, les coûts de production des cellules photovoltaïques ont été divisés par 5, ce qui a ramené à 45 % la part des panneaux dans le prix total d’une installation. L’énergie solaire est en passe de rivaliser avec les coûts de production du nucléaire.
Le principal enjeu au niveau européen sera sans doute de se démarquer plutôt que de vouloir rivaliser avec la Chine. Cela passe notamment par l’organisation d’une filière de recyclage performante car 96 % des composants d’un panneau solaire peuvent être recyclés. Des politiques publiques volontaristes seraient les bienvenues pour pouvoir aligner des moyens suffisants face aux enjeux environnementaux et aux attentes des consommateurs en matière d’énergie propre et compétitive.

Ecrit par Ecorenove