Fin 2015, l’Inde avait pris l’engagement de démultiplier ses capacités pour produire de l’énergie solaire sur 7 ans, et opérer sa révolution solaire. Depuis la COP21, sa politique fiscale sur le sujet permet l’émergence de très grosses installations. Une nécessité pour ce pays initialement le 3ème plus gros émetteur de gaz à effets de serre. Il s’agit aussi plus largement, d’un véritable outil de croissance pour les pays en développement.

Des ambitions démesurément en phase avec l’environnement

Multiplier ses capacités de production d’énergie par 25, sur 7 ans : c’est la folle promesse tenue par l’Inde lors de la COP21. En effet, plus des 2/3 de l’électricité du pays est encore produite grâce au charbon, et plus de 300 millions d’individus restent à raccorder. Le travail du pays, en imaginant l’augmentation inexorable de ses émissions dans les prochaines années, est phénoménal. Si le vent du changement sonne le glas de l’ancien, c’est que New Delhi veut faire du solaire la deuxième source d’énergie du pays. Et l’objectif, si tout concorde dans le bon sens, pourrait être bien atteint grâce à la baisse du coût de cette énergie, et à d’autres économies qu’elle peut être amenée à faire réaliser.

Révolution solaire : des projets de centrales solaires gigantesques

Décidée à prendre les choses en main, l’Inde l’est davantage encore depuis son épisode de pollution aux particules fines vu à New Delhi fin 2016. Pour avancer à pas de géant, elle a déjà mis en place dans le sud du pays, à 150 km de Bangalore (près d’Amritsar), une immense ferme de 345 000 panneaux solaires : ce dispositif, inauguré en avril 2016 sur une localisation connaissant une part infime de précipitations annuelles, permet d’alimenter 100 000 foyers ruraux, et ce dans un rayon d’une trentaine de kilomètres. Il permet également de faire vivre pleinement les habitants alentours, puisque la centrale embauche une quinzaine de salariés pour nettoyer ses panneaux et éviter une baisse de tension (surveillance via un écran central). Pour éviter aussi qu’ils ne prennent de l’ombre, une cinquantaine d’autres sont chargés de couper aussi régulièrement les herbes de ces panneaux. L’installateur dans ce projet, ACME, se voit piquer la vedette aujourd’hui par son concurrent Adani, qui vient tout juste d’ouvrir à Kamuthi au sud-est, la plus grande centrale solaire du monde. Plus grande que la championne mondiale initiale californienne la Topaz Farm, elle témoigne de la volonté de l’Inde d’avancer à pas de géants : construite en seulement 8 mois, elle a bénéficié de 639 millions d’euros d’investissements pour poser 2,5 millions de capteurs et 6000 kilomètres de câbles sur 10 kilomètres carrés. Et, elle doit pouvoir alimenter notamment 150 000 foyers.

Une fiscalité favorable pour tenir ses engagements

Si l’Occident a pu montrer l’exemple en terme de production d’énergie solaire, il se fait aisément emboîter le pas, puisque l’Inde a déjà doublé ses capacités en un an, et devrait les multiplier par deux d’ici décembre prochain. Surpassant la France, le pays est dorénavant 7ème producteur mondial d’électricité solaire. En promettant lors de la COP 21 de 2015 que d’ici à 2030, 40% de son énergie en place serait renouvelable, l’Inde met donc les bouchées doubles. C’est grâce à une importante main d’oeuvre sur laquelle elle peut compter, que le pays peut développer sa force de production, et cela en peu de temps. Le responsable du parc de Kamuthi Dinesh Reddy explique que le plus long « est de se procurer le matériel, car les modules viennent de Chine ». Avec beaucoup d’électricité, et peu d’entretien, le pays connaît donc une évolution marquante, rendue possible grâce à une politique publique particulièrement agressive d’enchères inversées et d’incitations fiscales : ainsi le prix mondial des équipements a significativement baissé, avec à sa suite celui du solaire indien de 24% sur un an, faisant de cette énergie la moins chère dans de nombreuses régions. C’est ainsi où, sur la dernière enchère du 10 février, l’entreprise ACME a remporté son dernier contrat, garantissant générer cette énergie pour un tarif record de 2,97 roupies/ KWh (soit 4 centimes d’euros). Cette dynamique est donc vertueuse et à l’opposé de celle tenue en France, où la croissance du renouvelable s’est vue stagner dès lors que les subventions, à l’origine de son émergence, ont pu être moins favorables. Elle est aussi significative d’une urgence de modernisation du réseau au global, pour une croissance plus durable dans le pays. Ainsi, les panneaux solaires ne visent pas seulement à peupler les terres désertiques : on commence à en apercevoir sur les toits en ville, notamment pour palier les problèmes de coupures d’électricité pouvant amener l’utilisation du diesel, dont le coût est 3x plus élevé que le photovoltaïque. C’est donc bien une révolution solaire que l’Inde a enclenchée, et qu’elle poursuit : nous avons hâte chez Ecorénove d’en suivre les prochains épisodes.

Ecrit par Ecorenove