Aussitôt arrivé à la présidence sud-coréenne, Moon Jae-in fait de l’idée de sortir du nucléaire son cheval de bataille : il a annoncé en début de semaine l’arrêt simple de tous les projets de construction de réacteurs en cours, et s’est engagé à ne pas prolonger l’exploitation des centrales dont le cycle initial touche à sa fin. Au delà d’un simple coup médiatique, le nouveau chef de l’Etat entend assurer l’avenir de son pays.

Une politique énergétique à l’ère du renouveau

Un coup d’arrêt : c’est ce qu’entend porter Moon Jae-in quant à la politique énergétique actuelle de son pays. Souhaitant construire une République « sûre » selon ses propres mots lors d’une cérémonie pour la fermeture définitive du premier réacteur nucléaire du pays à Busan, il entend confirmer ce revirement en faisant table rase de tous les plans de construction qui étaient en cours, pour de nouveaux réacteurs nucléaires. Avec 25 réacteurs actuellement qui fournissent près d’un tiers de l’électricité du pays, et de nombreux projets qui étaient initiés, les arbitrages vont être difficiles : en effet, il faut tenir compte des besoins en électricité et à la capacité à y répondre, tout comme le fait que l’ancien Président avait prévu l’exportation de 80 réacteurs à l’horizon 2030. En effet, d’un point de vue économique, le pays est un des plus gros exportateur du nucléaire dans le monde : en 2009, le pays avait remporté face à Areva un contrat de 15 milliards de dollars aux Emirats arabes unis, et un autre ensuite en Jordanie. Le nouveau Président va donc avoir à composer sur ces sujets.

Sortir du nucléaire : le cheminement d’un consensus social

La prise de conscience sur l’importance de l’environnement a pris une nouvelle dimension pour réconcilier l’économie avec le social, et laissant se profiler un consensus en faveur de la sécurité. En effet, la politique énergétique doit dorénavant être en premier lieu orientée vers la vie des peuples. La panique suscitée par l’accident de Fukushima en 2011 et qui a rappelé celui de Tchernobyl en 1986 a réellement opérée comme effet levier dans ce cheminement sur ces dernières années. Pour le Président Moon Jae-in, la preuve est évidente que les les réacteurs ne sont « ni sûrs, ni économiques, ni respectueux de l’environnement ». Au delà des coûts financiers inhérents au chantier de décontamination et autres opérations techniques qui en découlent, cet état de fait engendre des dommages irréparables puisque de nombreux villages autour de la centrale restent désertés plusieurs années plus tard. Enfin, ce consensus ferme est celui visant d’un mieux être national global, les affaires autour du nucléaire sud-coréen ayant été entachés de nombreux scandales, et révélant une corruption généralisée du secteur. L’optique est donc bien de faire table rase du passé et de faire rapidement monter en régime la part des énergies renouvelables pour sortir du nucléaire. La route sera longue, mais les enjeux forcent les bonnes décisions en la matière.

Ecrit par Ecorenove